Un bien beau carnet de voyage


Parfois, on peut partir en voyage sans partir vraiment (même si bien sûr c’est beaucoup mieux de partir, vous suivez ?).

C’est pourquoi les carnets de voyages existent. Tous les grands voyageurs, depuis toujours, ont écrit, commenté, dessiné leurs parcours et leurs émotions.

Les auteurs-artistes qui suivent cette voie ont plus ou moins de talent, mais rien n’est plus beau que de contempler des aquarelles et des mots simples quand ils traduisent une émotion sincère.

Le voyage c’est çà : un étonnement permanent, un regard ouvert sur l’autre. Le but n’est pas la destination mais l’expérience.

Au hasard d’une recherche bibliographique sur le Cambodge, j’ai découvert cette pépite sur Amazon. Un carnet d’émotions et de beaux dessins d’une femme partie… dessiner.

Cambodge – Geneviève Marot chez Gallimard

A lire, c’est un délice pour au moins deux raisons : les descriptions sont réalistes, ce qui est beau est beau et ce qui est triste est triste. Vraiment. L’autre raison est que ce témoignage date de 2003, 9 ans déjà, et permet de prendre conscience de l’évolution plus que rapide de ce petit pays.

Mais les vendeurs d’insectes et les enfants des rues était déjà là, dans leur joie si pauvre ; on se mariait et on dégustait des graines de lotus le long du Tonlé Sap.

On sent aussi la frustration du retour, l’envie de retrouver les artisans sculpteurs qui oeuvrent sur le trottoir et les musiciens de la pagode jaune, puis le retour…

Une belle découverte…

Moi, Daelim, 20 ans et en pleine forme


Bonjour je m’appelle Daelim. J’ai 20 ans, je sais je ne fais pas âge mais ne me faites pas rougir par vos compliments, ma couleur est d’origine.

J’ai plein de copines : Honda, Suzuki… Mais je les trouve un peu prétentieuses. Elles s’affublent de petits noms genre « super club, dynamic… deluxe !!! » vous voyez le style… Ce n’est pas mon truc. Moi je suis simple et je ne brille que par mon endurance.

Eng, mon propriétaire, est très gentil avec moi. Il faut dire que je le lui rends bien. Je suis toujours prête à tout avec lui. Il est sympa Eng. Des fois, il m’emmène faire un tour à la campagne, sur des chemins boueux. Je m’embourbe mais je m’en sors toujours. Pas que je sois une bête, mais il sait me faire prendre de l’élan quand il faut, après c’est à moi de jouer !

Il y a des moments tout de même, j’en ai plein le dos et j’aimerais souffler un peu. Mais Eng a toujours besoin de moi ! Alors j’accepte les bouteilles de gaz, les poules accrochées à mon guidon, les poissons qui débordent des paniers que Eng s’ingénue à bricoler pour en mettre le plus possible ou les sacs remplis de cartons et d’autres sacs de riz.

Je suis très heureuse quand je peux rouler avec mes copines, et mes potes tuk tuks, sur Monivong Bd. Il y a des grandes lignes droites où on peut faire les fous et des feux rouges pour papoter et faire du bruit ensemble. C’est cool ! Je ne dis pas qu’on s’arrête à tous les feux rouges, non, bien sûr, d’ailleurs j’adore me faufiler entre les tuk tuks et les camions et rouler à contresens. Ce que j’aime moins, ce sont les grosses Lexus des gens qui se donnent de l’importance et qui ne me laissent jamais passer. Il faut savoir rester simple, moi je dis.

Ce qui me plait le plus, c’est quand je peux emmener des gens. Cà c’est marrant. Une fois, je me souviens, j’ai traversé Phnom Penh avec 6 ou 7 personnes sur mon dos ! A un moment j’ai arrêté de compter, je trouvais que ça faisait beaucoup. Il y a avait une partie de la famille de Eng : sa grand mère, juste derrière lui, le petit dernier coincé entre la grand mère et la fille, un autre petit blotti dans son krama entre la fille et sa femme. Et le fils du voisin qui tenait le guidon…

Parfois je donne des signes de faiblesse. Je tousse. Je fume un peu aussi. Ou alors je refuse de démarrer. C’est ma façon à moi de montrer que j’ai du caractère, nom d’un pipe ! Quand cela m’arrive, Eng m’accompagne, à pied, chez le voisin. Un petit vieux très souriant qui connait tout de moi, y compris mes entrailles et mes organes. Il est sympa ce monsieur, parce que quand je le quitte, je pête la forme !

C’est mon histoire, ma vie de tous les jours.

Le changement c’est maintenant !


Deux mois, il aura fallu deux mois tout juste pour observer l’évolution tgv de Phnom Penh. Deux mois et je constate
depuis Février :

  • Il y a plein de panneaux de circulation dans la ville et des affiches incitant à la prudence au volant
  • Il y a sur toutes les affiches publicitaires (c’est à dire très peu) la mention « drink responsibly » et sur les paquets de cigarettes la mention « fumer tue » (enfin je crois parce que c’est écrit en khmer)
  • Il y a près du Stade Olympique un immense panneau d’affichage publicitaire en led, juste devant une pagode
  • Il y a quelques tuk tuk d’origine chinoise « Ju Ling » qui ne vont pas plus vite que les autres, mais font plus de bruit et ont la marche arrière
  • Il y a 30 nouveaux hôtels ayant ouvert ou allant le faire d’ici l’été
  • Il y a le projet de reconstruction des voies de chemin de fer et de réhabilitation de la gare de Phnom Penh qui a stoppé suite à un accident lors de la construction d’une voie a Sihanoukville
  • Il y a le lac Boueng Kak complètement remblayé
  • Il y a le délai de mise en place des transports en commun (bus) qui est passé de l’échéance 2035 à 2017
  • Il y a 14 morts à la frontière Cambodge-Thaïlande, 14 civils cambodgiens ayant été cueillir du bois de rose sur le territoire du voisin
  • Il y a le Cambodia Daily qui a augmenté sa pagination de 4 pages et créé un quotidien d’information en khmer
  • Il y a des caméras de video surveillance sur le Quay Sisowath
  • Il y a 12 nouvelles écoles privées (International blabla School ou Management blabla School) en cours de création
  • Il y a la prévision d’un organisme international qui vient de paraître et indique 6,6% de croissance en 2012, soit 1 point de moins que prévu en Février
  • Il y a 100 villas livrées sur Koh Pich et une seule occupée. La surface d’Elite Island a augmenté de 35%
  • Il y a 2 maisons qui sont tombées dans le Mékong
  • Il y a eu 17 manifestations pour le respect du droit de propriété

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Et le plus important : Angkor Beer a changé les capsules de ses bouteilles de bière, je suis complètement perdu.

Attention en traversant


A Battambang :

Alors que je cherche désespérément un tuk tuk qui comprenne ma destination, la pluie se met à tomber, quelques seaux d’eau ajoutés à la circulation chaotique de Battambang…

Je marche donc sous la pluie lorsque j’entends un « boum ! », pas de tôles mais plutôt un choc dur accompagné d’un petit cri de chat.

Soudain, trois petites filles qui sortent en courant et hurlant d’un magasin. Bravant la circulation très agitée elles traversent la rue et stoppent leur course en plein milieu. Le temps de tourner la tête et je comprends la situation.

Une femme en pyjama rose « Angry Birds » (hyper tendance au Cambodge) est accroupie par terre se tenant la jambe et tente de se faire entendre. Un attroupement se forme sur les trottoirs et on commente la scène. À côté de la femme blessée se trouve la cause de son malheur : une moto. Rapidement, le conducteur remonte sur son cheval hurlant, démarre et s’en va.

La femme aidée des enfants arrive à regagner le trottoir. Dispersion.

J’ai eu du mal à me remettre en route.

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À Siem Reap :

Je dîne tranquillement chez Sokhtea, une cantine khmère loin de l’agitation touristique. Au menu : soupe de nouilles au poulet et une assiette de « morning glory » à la sauce d’huître (les morning glory sont de grandes tiges qui poussent dans les étangs, ressemblant à des tiges d’arum – excellent au wok !).

Je remarque une petite fille en pyjama jaune à fleurs, 3 ou 4 ans, regarder avec envie le comptoir derrière lequel ses parents font la cuisine. Puis elle se lance.

Telle Indiana Jones, la voici qui escalade avec difficulté l’édifice instable, un bon mètre 60. Elle me regarde genre  » tu ne me crois pas capable de le faire hein ? ». Et bien si, elle y arrive très bien et se tient maintenant debout sur le comptoir. Je crains le pire et attends une réaction des parents. Rien ne se passe.

Indiana Jones décide de gagner de l’altitude. Elle escalade maintenant une vitrine servant à ranger les ingrédients de la cuisine. Même regard, même témérité. Je me tiens prêt a toute éventualité. Ce qui devait arriver arriva avant même que je n’y pense : la vitrine casse sous le poids de la petite fille, bascule et se fracasse au sol, accompagnée d’un bruit sourd, la tête percute le trottoir au milieu des clients.

Quelques cris viennent de derrière le comptoir, on s’agite mais on n’arrète pas le wok. Un attroupement se forme aussitôt. On commente la scène. Ce sont deux touristes qui se ruent sur la petite fille fille, cherchent un regard d’adulte, rien, des cris et des commentaires. Ils emmènent la petite en tuk tuk à l’hôpital.

Les parents ont sorti du scotch pour remettre la vitrine en état.

Je n’ai pas bien digéré les morning glory.

Ici, il faut prendre soin de soi. Ne jamais commettre d’imprudence ni braver la circulation. Un accident est toujours un problème.

Colère


Il ne faut pas se la raconter les Cambodgiens sont cools mais parfois très énervants.

Il n’est pas facile de garder sa zen-attitude tout le temps. Pourtant lorsque l’on s’énerve, on n’obtient absolument rien.

Le bus Battambang-Phnom Penh était plein à craquer. Mon voisin sud-africain, très sympa, a été surpris tout comme moi de voir mes voisins engloutir deux grands sachets de cafards et de sauterelles frits au piment, tout comme les voyageurs assis sur des mini- tabourets dans l’allée centrale du bus.

L’arrivée à Phnom Penh ne s’est pas faite à la gare des bus habituelle, mais au coin d’un immense boulevard à 4 voies et d’une rue microscopique et défoncée.

Je sais que vivre ici c’est souvent l’aventure. Personne ne savait si le bus continuait ou si c’était terminus. J’ai demandé à un chauffeur de tuk tuk de venir me chercher : évidemment il m’attendait à l’endroit normal. Le bus n’est pas reparti. Donc…

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Zen, restons zen, mais quand c’est non, c’est non.

Impossible de sortir du bus : la porte avant était bloquée par un immense sac de riz. Une fois ce problème résolu, la porte s’ouvre et s’engouffre sur la première marche une foule absolument hystérique de chauffeurs de moto et de tuk tuk. Ils avaient l’air en transe, transpirant et hurlant des « tuk tuk sir » en veux tu en voilà.

Cela ne présageait rien de bon pour mon état de zénitude et je sentais bien malgré moi mon sourire disparaître devant cette horde sauvage. Je pressentais la suite des événements.

Tant bien que mal, Jess le sud africain et moi arrivons à force de bras à nous frayer un chemin. La tension monte d’un petit cran lorsque deux chauffeurs me prennent chacun un bras en me hurlant en stéréo « tuk tuk sir, where you go etc… ». Je repousse aussi calmement que possible les bras et dit aussi poliment que possible que nous n’avons pas besoin? Que l’on vient nous chercher, que l’on va marcher, et puis NON. Et encore NON.

Ils s’éloignent, récupèrent chacun un de nos bagages, et ça recommence. De véritables groupies façon Justin Bieber, totalement hystériques. Réponse identique, on prends nos bagages et on s’éloigne. 4 chauffeurs nous suivent, nous lancent la même chose, et ça repart pour un tour. Je perds mon calme. « Toi et Toi, vous comprenez NON ? Ce que ça veut dire NON ? Vous écoutez ce que je dis, quand je dis NON ? ». Evidemment, une petite foule s’approche, on ne parle jamais fort ici.

Nous partons a la recherche du coin de rue suivant, j’appelle mon chauffeur de tuk tuk, qui a mis une bonnne vingtaine de minutes pour arriver (ce qui normalement ce fait en 5 minutes, mais passons). En attendant, nos « agresseurs » étaient toujours là. L’un d’eux est même allé cherché deux autres chauffeurs pour qu’ils nous proposent une nouvelle fois le transport. Cela confinait au harcèlement lorsque une moto arrive pour la même chose. Je m’assois sur le trottoir, je regarde tout le monde et dans un dernier NOOOO ! Je me cache le visage entre les mains.

La délivrance arrivera un moment plus tard avec mon chauffeur calme et posé. Il a juste passé tout le trajet à s’excuser de ne pas avoir été là, vraiment désolé, sorry, bla bla bla, je n’écoutais plus, je voulais une douche fraîche et oublier ce moment.

Avec le recul, je pense que ces gens ont faim, il n’y a pas grand monde à Phnom Penh, donc ils se battent pour avoir un client. Je pense aussi que ma réaction n’était pas la bonne, parce que le barang que je suis ne dois pas s’énerver et rester maître de lui-même. Mais je reste un barang et je ne me laisserai pas marcher sur les pieds ou contraindre par une bande d’hystériques à faire ce que je ne veux pas faire.

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