7 femmes exceptionnelles


Pas d’anecdote aujourd’hui, mais un hommage appuyé à 7 femmes clairvoyantes qui m’ont appris en quelques heures à faire une synthèse de ces longues semaines…

Qui sont-elles ?

  • 17 ans qu’elle a quitté la France, « sans regret » et vit au Cambodge, d’abord en tant que Volontaire dans une ong et plus récemment dans un cabinet de recrutement et de conseil. Pour cette femme d’origine maghrébine, aucune raison de rentrer : elle veut changer la façon dont les entreprises managent leur personnel.
  • « je parle couramment le français et l’anglais : c’est le bénéfice de la guerre dans mon pays ». Cette cambodgienne est consultante, très cultivée et humble, a travaillé longtemps pour une ong américaine qu’elle a transformée en société privée.
  • Elle vit à Phnom Penh depuis 15 ans avec son mari, tous deux français. Elle a créé il y a 10 ans un restaurant puis une boulangerie pâtisserie française puis des salles de réunion et de séminaires et un service traiteur dans le quartier des « barangs ». Plus de 100 salariés. Une femme épanouie « bien que ce ne soit pas simple tous les jours ».
  • Elle a 49 ans. Elle a quitté son pays en 1970 juste avant que Phnom Penh ne soit vidée par les khmers rouges. Elle est allée faire ses études en France puis a eu la chance de partir deux ans dans une université américaine. Elle est revenue il y a 10 ans pour travailler avec sa mère et diriger un hôtel restaurant en plein centre de Phnom Penh. « je veux aider les jeunes, ils le méritent ».
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    La simplicité d’un sourire est toujours au rendez-vous

  • 26 ans et une volonté de fer pour cette Volontaire française qui chaque jour défend la cause de l’éducation et de l’écrit comme vecteur de culture et qu’elle va chercher des financements à la petite cuillère.
  • Cette princesse royale vit modestement dans un quartier populaire et s’investit a 100% dans le développement de son pays, dans son travail pour une banque de micro-crédits et dans le centre culturel qu’elle a créé pour les enfants sur la côte est du Cambodge. Simplicité étonnante et grande Sérénité pour cette cousine germaine du roi.
  • Et encore cette jeune cambodgienne de 24 ans qui défend les valeurs de l’engagement dans son association destinée aux Volontaires français qui veulent apporter leur contribution au développement du Cambodge…
  • 7 femmes courageuses, ambitieuses et talentueuses. Simples et humbles. Déterminées et lucides. Des trajectoires différentes qui arrivent à des conclusions similaires. Qu’il est précieux de pouvoir rencontrer des personnes aussi intéressantes ! Qu’il est difficile de faire la synthèse de la richesse de leur pensée !

Mais que m’ont-elles appris ? Vous le saurez demain !

Ouuuuuh, very expensive, sir !


Ici au Cambodge, tout ou presque se négocie, à peu près partout. Je peux donc mettre mes talents de négociateur en pratique… Et je ne suis pas sûr d’avoir encore bien compris finalement.

Ce matin, un tuk tuk est venu me chercher à 8h à peu près (pour 7h30). Je voulais aller voir des villages flottants sur le lac Tonlé Sap. Il faut environ une demie journée pour faire l’aller retour, deux villages à voir, environ 100 kilomètres en tout. Prix du marché : 12-15$.

Il en demande 30. Je fais « ouuuuuh très cher » (j’ai apppris à faire ouuuuuh avec eux, c’est très expressif). « Oui, mais c’est que je suis fatigué, et la route est longue ». On ne me l’avais jamais fait le coup de la fatigue pour demander cher ! « Je comprends, mais le prix pour ce trajet c’est plutôt 10$ ». Il n’a pas entendu je crois.

Je le regarde, lui demande ce qu’il en pense… « Ouuuuh, 10$, non, pas possible, je n’ai pas d’argent, moi, pas beaucoup d’argent, 30$ c’est bon prix ! ». Je ressors du tuk tuk, je prends mon sac et je lui dit que je veux bien 15$ mais pas plus. « Non, en ce moment, saison basse, pas de clients, donc le prix est cher, c’est normal ». Ça non plus on ne me l’avait jamais fait le coup du peu de clients. Une concurrence à l’envers, peu de clients donc les prix augmentent. On se croirait chez Auchan.

J’attends un peu qu’il me donne l’argument qui tue : « gasoline expensive, sir, very expensive ». Ça y est, il l’a dit. Donc réponse qui tue, je veux bien 15$ plus 5$ pour l’essence. On est d’accord, on est parti.

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Ouuuh, gasoline very expensive !

Le premier village : en bord de lac, peu d’eau, les maisons sont donc… Quasi sur le sable et les autres sur pilotis! L’endroit est splendide! Trois jeunes arrivent, dont un portant une casquette genre révolutionnaire cubain. Je range mon appareil photo, je ne les sens pas ceux-là. J’ai compris après qu’ils font les durs pour montrer que ce sont eux qui décident du prix pour les touristes. Il parlent au chauffeur.

Je découvre qu’ils « représentent une base éco-touristique et qu’ils ont un bateau et qu’ils aimeraient bien que j’aille faire un tour en bateau ». Le coup éco-touristique est une découverte, le décor n’étant pas du tout éco et pas franchement touristique. Mais le prix lui est très touristique : 40$ pour une balade. Non. « Ok 30$ ? ». Non. J’ai décidé de faire ma mauvaise tête. Je leur dit que je vais marcher, c’est aussi bien. « Ok, comme vous voulez ! ». Je viens de vivre la négociation la plus intense de ma vie.

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Le second village : un barrière quelques kilomètres avant, un jeune qui garde la barrière. Le tuk tuk s’arrête. Le jeune hurle « hello ! 40$ pour aller, et on a qu’un bateau pour visiter ». Payer pour entrer dans un village, je ne comprends pas. Il me tend un ticket, attand que je paye. Je tente 10$ mais bon, échec total. « Pas de clients, monsieur, donc 35$ ». Demi tour et retour à Siem Reap.

J’ai fait des progrès en négociation aujourd’hui.

Salabaï, initiative exemplaire


Avez-vous déjà séjourné dans une école ?

C’est l’opportunité qu’offre Salabaï à Siem Reap. Ce n’est pas la seule à faire cela au Cambodge, mais bon, j’y suis alors je vous en parle. Je commence par dire que si vous voulez soutenir cette initiative, ça a du sens, allez sur leur site internet : http://www.salabai.com/html/

Pour planter le décor, cette école est ce que l’on appelle ici un hôtel-restaurant d’application. Vous trouverez à Phnom Penh l’association Friends International ou encore Hagar qui sont basées sur le même principe.

L’idée est de recruter des jeunes en extrême pauvreté dans les villages et de leur offrir une année de formation complète aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration, et de leur donner en même temps un bagage de culture de base et des bases solides d’anglais. 110 jeunes sont formés ici chaque année.L’action de Salabaï s’inscrit dans le programme plus large d’Agir pour le Cambodge

J’en avais entendu parler, je voulais voir, je trouve que c’est une expérience formidable et déroutante.

C’est avec enthousiasme que les étudiants, tous habillés d’un pantalon ou jupe bleus et d’un polo orange, vous accueillent. Un chaleureux « hellloooo sir, welcome To Salabaï » arrive des 4 ou 5 etudiants à la réception. Impeccable, souriant, agréable, serviable… J’avais presque honte de laisser mon énorme valise de 25 kilos à un jeune qui n’en pèse pas plus de 40. Ma valise était dans ma chambre avant moi

Une jeune de 17-18 ans m’a expliqué en deux mots ce qu’était son école avec une fierté incroyable. Il était 19h, il faisait nuit, il tombait des seaux d’eau, j’étais fatigué de mon voyage en bus de plus de 7h, mais sa joie à effacé toute trace d’épuisement. Momentanément

Chambre très agréable, grand balcon, vue sur la ville. Moustiquaire et air conditionné. Rue pas trop touristique, un peu a lecart de l’agitation nocturne de Siem Reap. Que demander de plus ?

Ce matin, petit déjeuner sur la terrasse au rez de chaussée, donnant sur la rue. Je remarque le panneau d’affichage : nous sommes bien dans une école ! Programme des cours, emploi du temps, photos des élèves, notes… Au coin du couloir, réception : les étudiants me saluent, me sourient et me gratifient d’un bonjour inoubliable. La journée commence avec cette émotion qui me ferait presque oublier de visiter Angkor.

Petit déjeuner copieux, salade de fruits frais, délicieux en regardant le spectacle de la rue.
Service absolument impeccable : on trouve cela rarement au Cambodge, d’autant que les jeunes ne sont à l’école que depuis quelques mois. Il y a une forme de respect mutuel qui s’installe spontanément. Et ils parlent anglais

Rencontre des fondateurs, M. et Mme Dethomas, un couple de français, échange d’une rare richesse…

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Rassemblement à 8h piles pour le briefing du jour.

8h : team meeting. Tous les élèves se placent en rang sur le trottoir. Rituel : on se compte, puis deux viennent réciter leur leçon. Ensuite, lever de drapeau et chanson pour remercier le Roi de tout ce qu’il fait pour eux. Cela fait partie du rituel, parce que le Roi ne fait absolument rien pour les jeunes. Ç’est un ancrage symbolique et discipliné.

Je poursuis mon petit déjeuner et je vois s’installer près de moi une dizaine d’élèves apportant un tableau blanc : ç’est l’heure du cours de « housekeeping » (entretien des chambres, des parties communes, blanchisserie…). J’ai observé une partie du cours, en anglais. Je me suis senti tout petit.

Après une ballade dans Siem Reap, retour à Salabaï, ma chambre était en train d’être faite, au regard des dix paires de tongs dans le couloir. Sourire de tout ce petit monde affairé à s’occuper de ma chambre très sérieusement.

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Le chef du « housekeeping » est dans le couloir, il surveille que tout est fait comme il faut. Je discute avec lui : il veut progresser, il a travaillé dans un autre hôtel avant à Phnom Penh, et pense que c’est bien d’avoir plusieurs expériences professionnelles pour grimper. C’est incroyable d’entendre ça ici, dans ce pays où les gens ne restent pas dans leur travail, n’en trouvent pas ou simplement n’en cherchent pas.

Prix de la chambre : 20$.

Je vais maintenant aller tester le déjeuner et voir ça que les chefs en herbe concoctent, mais déjà, je peux vous dire que ça sent très bon !

Ça gratouille ou ça chatouille ?


Le fameux docteur Knock avait bien raison de poser la question. Il n’avait pas beaucoup de talent de médecin et le diagnostic lui faisait peur.
J’ai pensé à ce personnage haut couleurs pour colorer ce qui bougeait ici. Étaient-ce les marques d’un agitation superficielle ou nie les signes d’un pays qui se réveille vraiment ?

Je vais donc contrebalancer l’article publié récemment sur la dureté et ce qui se cache derrière les sourires, car sans avoir fait le tour complet de la question, il y a des petites choses repérées çà et là qui m’interpellent. Certains de ces signes sont critiquables ou on peut en dire que c’est la mondialisation du Cambodge, bien sûr, mais ce sont tout de même des signes.

  • les artistes émergent. Il suffit de voir le nombre de galeries de la rue 178, le nombre détudiants à l’Académie Royale des Beaux Arts ou encore le succès grandissant (et international) de la formation dispensée par Phare Ponleu Selpak à Battambag pour s’en rendre compte. Des artistes libres, c’est un pays qui se libère.
  • il y a trois grandes librairies à Phnom Penh, que des livres, en khmer, en anglais et – un tout petit peu – en français. Le Sipar fait de l’édition qui est vendue pas cher et partout.
  • le BTP se développe, en particulier les travaux sur les routes et la construction de grands buildings d’affaires dans la capitale. On se sait pas d’où vient le financement, mais ça construit.
  • le commerce commence tout juste à se structurer. Un français a lancé il y a 4 ans « Smile », la première chaîne de supermarchés du Cambodge. 5 magasins , ce n’est pas énorme, mais la concurrence a déjà réagi. Dynamisme commercial.
  • le pays se rajeunit, ce qui lui donne, si il sait quoi faire de ces jeunes, un véritable avenir.

La toute nouvelle Université de Phnom Penh, en plein centre ville

  • le nombre de voitures augmente. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la circulation ni pour les accidents de la route, mais par contre cela montre qu’il commence à y avoir des gens qui ont de l’argent, et une minorité montre beaucoup qu’elle a beaucoup d’argent.
  • des magasins de panneaux solaires apparaissent.
  • le multimédia fait une percée éclatante. On commence à voir des télé 3D. Il y a de l’argent pour consommer.
  • les medias s’ouvrent très lentement. L’exemple du Cambodia Daily, quotidien papier très libre, du Phnom Penh Post idem, un peu moins libre, du nombre grandissant de journaux en khmer parfois ciblés (jeunes ados par exemple) sont d’excellentes nouvelles. La publicité en revanche n’est pas encore développée.
  • tout le monde ou presque peut avoir accès à Internet, sauf dans les campagnes reculées.
  • certains ministres ont démissionné de peur d’être jugés pour corruption et ils ont caché leur voiture. Cela prête à rire, mais un ministre qui a peur de la justice de son pays, surtout ici, c’est un signe intéressant d’évolution.
  • il y a maintenant deux grands centres commerciaux en plein centre ville de Phnom Penh. Le premier, le Sorya, créé il y a 5 ou 6 ans, a inauguré le premier escalier mécanique du Cambodge.
  • les habitants délogés contestent leur expulsion. Encore hier, des femmes ont été arrêtées parce qu’elles s’étaient mises seins nus devant la police. Les gens ont un peu plus de courage, et s’inspirent de ce qui se passe ailleurs. Des pétitions ont également circulé ces derniers jours à Phnom Penh.
  • les ONG évoluent. Les difficultés à trouver des donateurs réguliers les obligent à se lancer dans les affaires. C’est ce que l’on appelle ici le « social business ». Tout le monde salue les initiatives, d’autant que cela libère les ONG des différents pouvoirs (politiques et financiers).
  • le projet de reconstruction des lignes ferroviaires démarre cette année. Les Français se sont fait avoir comme des bleus,.
  • le Cambodge a pris la présidence de l’ASEAN pour 2012, le futur marché unique du Sud Est asiatique.
  • il y a maintenant une boucherie-charcuterie française, une cave à vins, plusieurs boulangeries qui n’ont rien à envier à celles de France.
  • quelques enseignes font timidement leur apparition (Mango par exemple). Mais toujours pas de Mc Do.
  • le Gouvernement laisse une large marge de manoeuvre à la création d’entreprise et aux développement des affaires. Je ne suis pas sûr que ce soit une politique volontariste, mais tant que c’est comme çà, les entrepreneurs peuvent gagner de l’argent, le pays aussi.
  • de nombreuses écoles se disant « internationales » voient le jour. J’en ai visité une ce matin. Ce marché est en plein boom. La formation en pleine ascension, c’est une excellente nouvelle dans un pays où les diplômes s’achètent.
  • plusieurs initiatives de théâtre sont maintenant sur les rails : faire revivre l’art traditionnel khmer, c’est reprendre un peu pied dans sa culture.

Bien sûr, les infrastructures ferroviaires, le système de santé, l’absence de transport en commun organisé et la qualité de la formation des jeunes entre autres, sont de vrais problèmes. Mais ces signaux sont très encourageants.

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