Voyage solidaire, vraiment ?


La grande tendance, c’est faire solidaire. On en trouve partout : sur les paquets de café comme dans les articles de journaux. Tout le monde en parle, cela frise l’indigestion.

La solidarité, c’est aussi distinguer le naturel du trucage. Ici, c’est nature.

Au palmarès des pays où le mot solidaire est prononcé, le Cambodge doit se tailler la part du lion. Personne ne sait vraiment combien d’ONG sont présentes sur place, les estimations oscillent entre 2500 et 4000. Une solidarité Nord Sud fondamentalement utile, encouragée mais Plus

J’ai tout mon temps.


Wat Phnom, approximativement entre 1 heure et 3 heures de l’après midi. Le ballet incessant des chinois devant le petit temple en contrebas venus libérer un oiseau pour les anciens puis apporter une fleur de lotus blanche à Bouddha sont bien là, actifs comme toujours. Les bâtons d’encens sont serrés entre les mains, tenus droits devant le visage à mi-hauteur, signe de respect pour une personne ou un être de rang supérieur. Le mouvement gracieux de leur tête, leur agenouillement si particulier dans le brouillard d’encens rendent ce moment magique.

Wat Phnom, brouillard en sérénit

2 heures ? 3 heures ? J’ai rendez-vous avec un homme d’affaires cambodgien et je suis là, à Wat Phnom, en haut de la colline de Phnom Penh à regarder des donations à Bouddha. Vite, je dois me dépêcher, je vais être en retard. Vite…

Il y a très peu de pendules à Phnom Penh et c’est tant mieux. Il n’y pas beaucoup de calendrier non plus. On suit celui de la lune, mais tentez de savoir auprès d’un cambodgien quel jour nous sommes… Le cycle de la lune a 28 jours, un mois de notre calendrier en a 30 ou 31, rien ne correspond et pourtant on vous expliquera dans les salons de massage sérieux que chaque jour correspond à un organe, et que celui-ci mérite un traitement particulier quand c’est son jour.

Les pendules sont inutiles à Phnom Penh : le soleil guide le visiteur. Lorsqu’il passe derrière Wat Phnom, la nuit est proche (pour nous environ 45 minutes). On le sait, c’est tous les jours toute l’année à peu près au même moment.

Je ne porte plus de montre depuis 5 ans. Je sais à peu près l’heure qu’il est à la lumière. Je sais qu’au Cambodge le jour dure environ 12 heures. Mais ici, maintenant à Wat Phnom, j’ai perdu mes repères.

Au retour en France, je suis déstabilisé : je quitte un rythme régulier pour re-comprendre qu’à cette latitude, le jour n’est jamais le même. Et au mois de juin, c’est plus de 16 ou 17 heures. Je ne comprends pas. Je dois me coucher alors qu’il fait jour. Je dois dîner alors qu’il fait jour. Et il y a une demie-heure de soleil en moins en un mois.

Et puis je dois me presser, aller toujours plus vite, ne pas « perdre » mon temps. Je suis en décalage.

Retour à Wat Phnom. Je serai certainement en retard à mon rendez-vous. Je stresse et je porte un regard sur les gens qui m’entourent. Ils ont tous des engagements et des choses à faire. Que font-ils là alors ? ils prennent leur temps à eux, respectent leurs rythmes personnels (intimes), dans une lenteur et une paix sorties d’un film au ralenti.

Mon homme d’affaires a attendu un peu. je me suis confondu en excuses et il m’a regardé : « ne vous excusez pas, vous aviez besoin de faire ce que vous avez fait avant de venir (il n’en avait aucune idée), je suis là et c’est le moment de nous rencontrer ». Grand sourire. Je commande un thé. Nous allons prendre le temps de discuter.

Do you want to work ?


Quelle soirée !

Le hasard des rencontres est merveilleux. Dernièrement, à l’abri d’une toiture en bois d’un excellent restaurant thaïlandais de la rue 51 à Phnom Penh et avec un excellent ami (et vice versa), rencontre avec deux jeunes cambodgiennes.

Bopha devait venir seule. Invitée par mon ami, elle est arrivée… avec une amie. On ne reste pas seule avec deux hommes à dîner, et c’est bien de présenter un barang à ses amis.

Aller travailler le coeur en joie…

Entre autres sujets de la soirée, nous en venons à discuter du travail.

« Tu travailles ? »

L’amie de Bopha : « Oui, enfin, non, pas en ce moment »

« Tu faisais quoi ? » (cette référence au passé est assez incongrue, avant, ça n’existe pas)

« Je travaillais »

« Que faisais-tu comme métier »

(rire) « Restaurant »

« Ah, je vois, et tu étais serveuse ? » (ce qui vu son âge assez jeune paraissait l’hypothèse la plus naturelle)

« Oui, mais pas dans un bar, bar c’est pas bon » (rire)

« Ca te plaisait comme travail ? »

« Moitié bien, moitié non » (tiens, le chemin du milieu refait son apparition)

« Qu’est ce qui te plaisait ? » (rire)

« J’aime bien le restaurant » (ok, on passe à autre chose)

« Et qu’est ce que tu n’aimes pas ? »

« … » (rires X2)

« Et maintenant, que fais-tu ? »

« Je suis à la maison, je ne travaille pas »

« Tu cherches du travail ? »

« Oui, mais pas encore » (vous notez la remarque : « je ne cherche pas encore du travail ». Je commence à être perdu)

« Le restaurant, c’est bien, à Phnom Penh où il y a beaucoup de restaurants qui ouvrent et qui cherchent des serveuses »

« Non » (rire)

(???) « Non quoi ? Si, je t’assure, d’ailleurs je connais un restaurant qui ouvre dans deux semaines, il cherche 5 serveuses, tu veux le téléphone du patron ? »

« Oui, dans un mois »

(???) « Dans un mois, ce sera ouvert et il n’y aura plus de travail là »

« Je dois trouver du travail, mais maintenant c’est pas possible » (rire)

« Comment gagnes-tu ta vie en ce moment ? » (je suis dérouté)

« Je ne gagne pas d’argent, il faut du travail pour gagner de l’argent » (rire)

(Je reviens à la charge) « Donc si tu veux, je peux te donner le numéro de téléphone, si tu vas voir le patron que je connais de ma part, tu sera bien reçue et peut être que tu auras le job. Ca t’intéresse ? »

« Oui, mais je cherche du travail »

« C’est pour ça que je t’en parle »

« Dans un mois, je cherche du travail » (rire)

Je comprends que les patrons occidentaux aient du mal… D’autant que j’ai découvert ensuite qu’aucun employé ne s’était présenté avant l’ouverture. Ensuite, ils sont arrivés, puis certains sont repartis, revenus, on ne sait plus trop… Le management et le recrutement, c’est aussi l’aventure au Cambodge.

Prolongez très vite cet article par l’article sur l’entretien de recrutement du blog « Vivre au Cambodge », ça vaut vraiment la peine !

Les copains d’abord


Un copain au Cambodge c’est sacré.

En février dernier, lors du mariage khmer auquel j’avais assisté, j’ai rencontré Reth, un jeune qu travaille pour une grosse agence de voyages. Nous avions un peu sympathisé, il m’avait invité chez lui si jamais je revenais à Battambang. On était donc copains.

Je suis revenu à Battambang, j’ai appelé Reth et nous nous sommes retrouvés le soir. Evidemment on ne s’est pas reconnus, on ne s’est vus qu’une fois dans un mariage…

Le soir, il m’a emmené boire un verre chez un copain. Un bon quart d’heure de moto dans des rues pas éclairées et on se retrouve au fond d’une cour, devant un bar sur la porte duquel il était marqué « closed ». Il me dit, « c’est bien ici, il y a une jolie terrasse qui donne sur la rivière, très joli ». Oui, effectivement, vers 21h30 sans lumière, très joli… Un peu sombre tout de même. Finalement, on n’a pas vu le copain et on a bu un verre dans un bar khmer normal.

Il me propose de m’emmener le lendemain voir ce que je veux. Il ne travaille pas. C’est férié : l’anniversaire du Roi. Banco, c’est l’occasion de voir un autre Cambodge.

Il passe me prendre, à l’heure. Au programme : Temple Banon, visite d’un viticulteur (si, si, c’est vrai) et Bamboo Train.

Sur le chemin on s’arrête voir un copain coiffeur. Discussion très brève, puis dans l’arrière boutique il me présente son « prof » (de quoi, je n’ai jamais su). Sourire, bonjour, au revoir.

Il me montre ensuite sa maison (enfin, elle n’est pas terminée et il ne sait pas quand elle le sera, mais il y a un copain dedans qui garde le chantier).

Remonté sur la moto, je décide de laisser aller le mouvement. Cela lui a fait plaisir, j’imagine, de me présenter un copain coiffeur ou bien de montrer qu’il avait un copain barang. Je ne saurai pas non plus.

Direction le Bamboo Train (je raconterai dans un autre article cette aventure) et sur le chemin, on s’arrête devant une maison. « On est où là ? » On passe voir un copain. Ah. On passe la porte et dans une pièce il y a 5 copains assis par terre. Le plus grand me dit qu’il est artiste, il fait du cirque. Puis il me propose de fumer. C’est très gentil, mais on va y aller, il commence à faire chaud.

Dégustation de vin : même sortant du frigo, ses arômes acides et âcres étaient assez prononcés.

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Copain peintre

Sur la route, le pneu arrière de sa moto crève. Pas de souci ici, au moindre problème vous avez une guitoune où réparer quoique ce soit sur votre engin. En l’occurence, une maison sous laquelle un couple de personnes très âgées dormaient dans un hamac. Reth réveille l’homme maigre et ridé, qui dégaine instantanément une petite boîte en bois : des outils pour changer une chambre à air.

Le temps de l’opération, Reth m’invite à marcher dans la campagne. Allons-y ! Au bout de 10 minutes, au milieu des bananiers et des manguiers, il me montre une cabane blanche : « on va chez mon copain ». Une blague ! Je me retrouve dans un atelier de peintre, le copain a vraiment du talent et prépare une expo à Phnom Penh pour juin. Et de derrière la maison, un autre copain sort pour dire bonjour. Peintre aussi, mais ailleurs.

Puis le premier prend sa moto et s’en va, le second retourne derrière la cabane et Reth lance des bouts de bois pour faire tomber des mangues mûres. Je me retrouve donc tout seul dans la cabane, tout le monde a disparu.

Le copain revient et avec lui… Un copain journaliste, Justus, un allemand expatrié à Hong Kong. Il fait un reportage sur les artistes émergents du Cambodge.

Et me voilà en train de discuter peinture et social business avec un peintre cambodgien et un journaliste allemand au milieu des manguiers et… Des fourmis rouges que je n’avais pas senti grimper sur ma jambe.

Mon copain Reth m’a finalement ramené à mon hôtel. Je sentais que cela lui faisait plaisir de me faire rencontrer ses copains. Oui, moi assi, très honoré.

Il remonte sur sa moto. Il doit voir des copains cet après midi.

Ouuuuuh, very expensive, sir !


Ici au Cambodge, tout ou presque se négocie, à peu près partout. Je peux donc mettre mes talents de négociateur en pratique… Et je ne suis pas sûr d’avoir encore bien compris finalement.

Ce matin, un tuk tuk est venu me chercher à 8h à peu près (pour 7h30). Je voulais aller voir des villages flottants sur le lac Tonlé Sap. Il faut environ une demie journée pour faire l’aller retour, deux villages à voir, environ 100 kilomètres en tout. Prix du marché : 12-15$.

Il en demande 30. Je fais « ouuuuuh très cher » (j’ai apppris à faire ouuuuuh avec eux, c’est très expressif). « Oui, mais c’est que je suis fatigué, et la route est longue ». On ne me l’avais jamais fait le coup de la fatigue pour demander cher ! « Je comprends, mais le prix pour ce trajet c’est plutôt 10$ ». Il n’a pas entendu je crois.

Je le regarde, lui demande ce qu’il en pense… « Ouuuuh, 10$, non, pas possible, je n’ai pas d’argent, moi, pas beaucoup d’argent, 30$ c’est bon prix ! ». Je ressors du tuk tuk, je prends mon sac et je lui dit que je veux bien 15$ mais pas plus. « Non, en ce moment, saison basse, pas de clients, donc le prix est cher, c’est normal ». Ça non plus on ne me l’avait jamais fait le coup du peu de clients. Une concurrence à l’envers, peu de clients donc les prix augmentent. On se croirait chez Auchan.

J’attends un peu qu’il me donne l’argument qui tue : « gasoline expensive, sir, very expensive ». Ça y est, il l’a dit. Donc réponse qui tue, je veux bien 15$ plus 5$ pour l’essence. On est d’accord, on est parti.

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Ouuuh, gasoline very expensive !

Le premier village : en bord de lac, peu d’eau, les maisons sont donc… Quasi sur le sable et les autres sur pilotis! L’endroit est splendide! Trois jeunes arrivent, dont un portant une casquette genre révolutionnaire cubain. Je range mon appareil photo, je ne les sens pas ceux-là. J’ai compris après qu’ils font les durs pour montrer que ce sont eux qui décident du prix pour les touristes. Il parlent au chauffeur.

Je découvre qu’ils « représentent une base éco-touristique et qu’ils ont un bateau et qu’ils aimeraient bien que j’aille faire un tour en bateau ». Le coup éco-touristique est une découverte, le décor n’étant pas du tout éco et pas franchement touristique. Mais le prix lui est très touristique : 40$ pour une balade. Non. « Ok 30$ ? ». Non. J’ai décidé de faire ma mauvaise tête. Je leur dit que je vais marcher, c’est aussi bien. « Ok, comme vous voulez ! ». Je viens de vivre la négociation la plus intense de ma vie.

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Le second village : un barrière quelques kilomètres avant, un jeune qui garde la barrière. Le tuk tuk s’arrête. Le jeune hurle « hello ! 40$ pour aller, et on a qu’un bateau pour visiter ». Payer pour entrer dans un village, je ne comprends pas. Il me tend un ticket, attand que je paye. Je tente 10$ mais bon, échec total. « Pas de clients, monsieur, donc 35$ ». Demi tour et retour à Siem Reap.

J’ai fait des progrès en négociation aujourd’hui.

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