Phnom Penh : où sont les femmes ?


Soirée très exotique et dépaysante chez Jean-Marc sur Riverside.

D’abord parce que Jean Marc est un cambodgien qui vient de Marseille. Ca commence assez fort à la commande d’une Angkor Beer. Il fait chaud ce soir, et seule une Angkor va me rafraîchir.

« Tiens, bonsoir, tu viens de France ? » me lance Jean-Marc, que je n’avais jamais vu de ma vie. Je regarde l’individu, je pensais qu’il était assis mais non, il était debout à côté de moi. « Oui, bonsoir, je suis arrivé il y a longtemps déjà »… et bien sûr, impayable le Jean-Marc, il me lance un « Peuchère, un Français ! ça fait plaisir » et poursuivant avec un accent  du sud à peine forcé « Boudu con, moi je suis de Marseille ! ».

A Phnom Penh, il y a aussi des femmes normales et respectables. Pas que des « opportunités » à « pécho ».

Très gentil Jean-Marc, mais tu as plutôt le look d’un cambodgien : tu es petit, tu as les yeux bridés et le sourire jusque là. Plus

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Une coupe, 2 dollars ou 4000 riels ?


Le coiffeur est là, il est prêt, il a ses ciseaux en main, il me regarde. Le long du mur le la pagode, ils sont plusieurs. Ca cause, ça chantonne, ça rigole.

Les petits miroirs, de tailles et d’états très divers, sont accrochés sur le mur rouge passé. Le fauteuil est accueillant malgré son grand âge, un vieux fauteuil de coiffeur, solide, réglable, en skaï vert foncé.

Il est là, il me sourit et contemple ma chevelure devenu hirsute après cinq semaines, sans compter la transpiration dans la moiteur de ce midi ensoleillé au centre de Phnom Penh.

Si tu payes en $, tu payes plus cher.
Si tu payes en riels, tu payes moins cher.
Après enquête, impossible de savoir pourquoi.
Je n’avais que des $…

Nous sommes face au Psar Kandal (marché Kandal), devant la pagode Wat Ounaloum, la plus grande de la ville.

« Sir, cut hair ? » Je me prends à rire. A côté un étal Plus

Traverser la rue, c’est très formateur


38 degrés, à l’ombre. La transpiration me noie dans une brume épaisse et torride. Il est 16h30. Je regarde à gauche et à droite, comme on m’a appris lorsque j’étais petit. Je vois des policiers scrutant la circulation chaotique. Les feux rouges sont hs. L’un d’eux se met au centre du carrefour et siffle de tout son souffle. Ca se complique.

Faire la circulation à Phnom Penh est inutile : la circulation se fait toute seule, étonnamment fluide et dense. Dense surtout à ce moment de la journée où les riches et puissants sortent leur 4X4, où les étudiants prennent leurs motos et les tuk tuk ramènent leur cargaison, cartons,vélos, touristes, familles, bonzes et autres. Tout se mèle, tout s’emmêle.

Ouh la la !

C’est alors que je tente, sur un « zebra », de me frayer un chemin pour passer de l’autre côté de l’avenue Monivong, pas loin de la gare.

Traverser… oui, je dis bien traverser, c’est encore Plus

J’ai tout mon temps.


Wat Phnom, approximativement entre 1 heure et 3 heures de l’après midi. Le ballet incessant des chinois devant le petit temple en contrebas venus libérer un oiseau pour les anciens puis apporter une fleur de lotus blanche à Bouddha sont bien là, actifs comme toujours. Les bâtons d’encens sont serrés entre les mains, tenus droits devant le visage à mi-hauteur, signe de respect pour une personne ou un être de rang supérieur. Le mouvement gracieux de leur tête, leur agenouillement si particulier dans le brouillard d’encens rendent ce moment magique.

Wat Phnom, brouillard en sérénit

2 heures ? 3 heures ? J’ai rendez-vous avec un homme d’affaires cambodgien et je suis là, à Wat Phnom, en haut de la colline de Phnom Penh à regarder des donations à Bouddha. Vite, je dois me dépêcher, je vais être en retard. Vite…

Il y a très peu de pendules à Phnom Penh et c’est tant mieux. Il n’y pas beaucoup de calendrier non plus. On suit celui de la lune, mais tentez de savoir auprès d’un cambodgien quel jour nous sommes… Le cycle de la lune a 28 jours, un mois de notre calendrier en a 30 ou 31, rien ne correspond et pourtant on vous expliquera dans les salons de massage sérieux que chaque jour correspond à un organe, et que celui-ci mérite un traitement particulier quand c’est son jour.

Les pendules sont inutiles à Phnom Penh : le soleil guide le visiteur. Lorsqu’il passe derrière Wat Phnom, la nuit est proche (pour nous environ 45 minutes). On le sait, c’est tous les jours toute l’année à peu près au même moment.

Je ne porte plus de montre depuis 5 ans. Je sais à peu près l’heure qu’il est à la lumière. Je sais qu’au Cambodge le jour dure environ 12 heures. Mais ici, maintenant à Wat Phnom, j’ai perdu mes repères.

Au retour en France, je suis déstabilisé : je quitte un rythme régulier pour re-comprendre qu’à cette latitude, le jour n’est jamais le même. Et au mois de juin, c’est plus de 16 ou 17 heures. Je ne comprends pas. Je dois me coucher alors qu’il fait jour. Je dois dîner alors qu’il fait jour. Et il y a une demie-heure de soleil en moins en un mois.

Et puis je dois me presser, aller toujours plus vite, ne pas « perdre » mon temps. Je suis en décalage.

Retour à Wat Phnom. Je serai certainement en retard à mon rendez-vous. Je stresse et je porte un regard sur les gens qui m’entourent. Ils ont tous des engagements et des choses à faire. Que font-ils là alors ? ils prennent leur temps à eux, respectent leurs rythmes personnels (intimes), dans une lenteur et une paix sorties d’un film au ralenti.

Mon homme d’affaires a attendu un peu. je me suis confondu en excuses et il m’a regardé : « ne vous excusez pas, vous aviez besoin de faire ce que vous avez fait avant de venir (il n’en avait aucune idée), je suis là et c’est le moment de nous rencontrer ». Grand sourire. Je commande un thé. Nous allons prendre le temps de discuter.

Mobilisation !


Il se passe quelque chose que quiconque est présent an Cambodge ne peut pas manquer : dans deux semaines, on élit les chefs de communes.

Ici, les chefs de commune ont pour responsabilité de relayer les décisions du gouvernement d,animer les chefs de village, de trancher les litiges et de prendre toute décision qu’il juge utile pour le bon fonctionnement de la zone dont il a la charge.

Alors c’est la grande mobilisation qui prend un air de Tour de France associé au Carnaval.

15 jours de campagne, ce sont 15 jours de démonstration de force du parti au pouvoir, le Parti du Peuple.

Cela a commencé le week end dernier, avec des convois de plusieurs milliers de militants, tous habillés de blanc avec polo officiel, en camion, sur les grandes routes du pays. Les caravanes du Tour. Au bord de ces routes, des enfants, des vieillards et tous ceux qui pouvaient le faire agitaient frénétiquement des drapeaux à l’emblême du parti.

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Puis cela se poursuit localement avec les mêmes sympathisants sillonnant toutes les petites routes de campagne et scotchant à tour de bras les affiches du Parti sur les cocotiers, les palmiers, les frangipaniers, les murs, jusque dans les maisons. A sillonner ces routes, ce que j’ai fait ce matin, tout le monde est pour le Parti ! Et l’opposition peine a se faire voir et entendre.

Tous les deux jours, le quartier de l’avenue Sihanouk est réveillé en sursaut vers 6h30 par les camions sur lesquels se troivent un orchestre, des chanteurs et des « speakers ». Suivent les tuk tuk bardés de hauts parleurs et de drapeau, le défilé de sympathisants et des camionnettes qui vont avec.

Certaines maisons ont la fonction de relais d’information. Alors, on dresse banderoles et haut-parleurs (les mêmes que pour les mariages, en haut d’un mât) et on diffuse la musique du Parti à fond la caisse, plus quelques messages militants. Comme ça tout le monde est au courant de tout ce que le Parti fait de bien pour le peuple et donc, savent pour qui voter. S’ils hésitent encore, un gentil sympathisant viendra expliquer de quoi il en retourne.

Dans les medias, c’est un plan de communication redoutable, alliant méthode coué et propagande. Cela a commencé il y a trois semaines environ par la publication d’une enquête « officielle » disant que la majorité des Cambodgiens aiment leurs dirigeants, et que ladite majorité pense qu’ils ne sont pas corrompus. Ca commence bien.

Ensuite, c’est à la télévision que le Premier Ministre a expliqué dans un discours fleuve de 5 heures qu’il était le « master », le Maître, et que seul lui pouvait diriger le pays. On s’en serait douté, mais ça permet de resserrer les rangs de son camp qui commence à donner des signes de faiblesse.

Puis est venue l’heure de redevenir sympathique (pour 15 jours) en déclarant à tous les médias que l’intervention du Premier Ministre lors de la tragédie Khmer Rouge avait été limitée a deux ans, parce qu’il avait « senti que ça n’était pas correct et qu’il fallait sauver le pays ». Les écrits sur le sujets sont assez divergents, mais tout de même, si le procès Khmers Rouges prend tant de retard, c’est bien parce qu’il y a anguille sous roche…

Puis dans le même registre, Dimanche dernier se déroulait la Journée Nationale de la Colère. Elle est célébré sur le site tristement célèbre de Choeung Ek, le charnier Khmer Rouges à côté de Phnom Penh. Au programme : ne pas oublier. Reconstitutions de massacres, témoignages poignants de rescapés (très peu) et en période électorale, message du Gouverneur de Phnom Penh qui annonce fièrement que le Parti a sauvé le Cambodge et ses habitants et combattu de toutes ses forces le régime Khmer Rouge. Et d’annoncer que c’était donc le seul Parti à pouvoir légitimement pousuivre la reconstruction du pays. Dur, dur pour les familles d’entendre ce genre de choses…

Je vous laisse apprécier la chance que la France a de posséder des institutions et des processus électoraux cadrés et stables. Certes, les candidats ne sont pas à la hauteur et jouent souvent en deuxième voire troisième division. Mais les élections sont claires, contrôlées, tout n’est pas permis et il y a équité entre les candidats.

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