Faites 3 pas avec moi dans la pagode bleue


Voici une découverte étonnante, émouvante, sombre, passionnante, envoutante, mystérieuse…

Voici une bande dessinée sur le Cambodge.

Pas une BD d’aventure ou de science fiction. Une histoire qui vient et qui repart, comme çà, l’air de rien, laissant en son sillage tout un tas de question sur la vie, la mort, les anciens, les accidents de la vie, l’aventure.

Ce petit ouvrage de 32 pages en petit format ne permet Plus

Bouleversant : L’Elimination, de Rithy Panh


MAJ 21 mars 2012 : Interview flash de Rithy Panh sur France2, à découvrir ici.

Alors là, je suis bouleversé. Vous devez lire ce livre.

Un voyage se prépare selon moi en essayant de comprendre, tout du moins de connaître, le lieu, l’histoire, la vie des gens là où on va… On se rend compte alors que sa destination est souvent passionnante, attachante. Au Cambodge, il y a quelque chose de particulier, indéfinissable, donc j’approfondis. Et puis un jour, on rencontre un livre et on est percuté.

L’histoire récente du Cambodge a été marquée par des événements tragiques. Imaginez simplement qu’en 1993, il y a seulement 12 ans, on se battait encore dans les rues de Phnom Penh.

Mais de 1975 à 1979, c’était le moment des Khmers rouges. L’année 0, comme ils disent.

32 ans après « l’ère Khmère rouge » (4 ans et 1,7 million de morts – un quart de la population), Rithy Panh, cinéaste, revient sur les faits. Ce n’est pas un livre d’histoire. C’est une histoire d’hommes : l’auteur et Douch, leur relation perturbante, leur grande histoire par la petite porte.

Rithy Panh avait 13 ans en avril 1975 lorsque les Khmers rouges ont envahi Phnom Penh. La ville est restée sans habitants pendant 4 ans. L’auteur raconte avec des mots simples, dans le désordre de sa mémoire totalement saturée d’odeurs nauséabondes et de craquements d’os, la lente (mais parfois très rapide et arbitraire) extermination vers les campagnes, les longues marches, la famine, les nourrissons projetés contre les arbres devant leurs parents, le creusement des fosses charniers, les vieillards qui se laissent mourir de faim, la surveillance sans relâche, les médecins improvisés dans des hôpitaux transformés en mouroirs… Et ce n’est pas le plus difficile à lire.

En quelques semaines, l’adolescent perd son père, sa mère, ses soeurs, ses nièces et ses neveux. Il survit. Il échappe à la torture et à l’assassinat systématique des gens de « l’ancien peuple ». Il est sauvé de justesse de situations de mort dans lesquelles il entre si souvent – par fatigue ou inconscience.

Ces scènes sont racontées avec une horrible justesse et une tragique modestie. Le tout est magnifique.

Si Rithy Panh sait raconter son histoire avec mots justes et qui touchent au coeur, il nous livre en parallèle sa confrontation avec Douch, le maître d’oeuvre des tortures au S21, le bourreau qui se fait victime et n’arrive pas à mettre des mots sur l’indicible. C’est là que ce livre devient un chef d’oeuvre. Dans cet aller-retour incessant entre les deux histoires.

« Aujourd’hui, je ne cherche pas la vérité, mais la parole« , écrit-il. Libérer la parole, entre les souvenirs d’enfance, la mort tragique des siens, les supplices, la vie de S21 et les nuits dans le charnier de Choeung Ek…

Il raconte Douch, responsable du camp de torture S21 qu’il a interviewé en prison. Rithy Panh nous fait entendre le rire bruyant et sournois de ce bourreau si cultivé, l’interroge sur son parcours, le laisse livrer « sa » vérité, évoquer ses lectures, la religion, la vie, la politique.

J’ai presque l’impression que Douch est là, dans le salon, à côté de moi et de l’entendre rire. Terrifiant. « Douch est un homme. Et je veux qu’il soit un homme. Non pas retranché, mais rendu à son humanité par la parole. »

Douch rit, il est fatigué, il ne se souvient plus, il caresse les photos des victimes et son écriture rouge, se souvient soudain de tous les noms, de toutes les tortures, de tous les gestes, des ordres. Il change de ton, conteste, joue avec son interlocuteur. « Détruire », « Poursuivre », « Faire tenir », « Conserver », il écrit, note tout, sur les milliers de pages qui seront retrouvées après sa fuite de S21. Il regarde son « oeuvre ». En parle à demi-mot. Idéologie. Déshumanité.

Ce livre bouleversant est une expression différente et sans doute plus aboutie que le film « S21 – la machine de mort khmère rouge » (pour le visionner : cliquez ici). Il y a dans ce livre des scènes insoutenables mais l’évocation des mots mille fois plus forte que n’importe quelle horrifiante image.

Il y a dans ce livre le courage d’un homme qui ne cherche rien d’autre que l’expression de ce qui s’est passé sans chercher de coupable. Il y a aussi l’histoire d’un homme meurtri, mort à 13 ans et vivant aujourd’hui.

L’Elimination est un très grand livre, dont les personnages deviennent fascinants, même le pire des bourreaux.

Je ne verrai sans doute plus les Cambodgiens avec le même oeil après cette lecture.

A lire : « la drôle de vie des expatriés au Cambodge »


Je viens de terminer un livre très intéressant et éclairant sur la vie des expats au Cambodge. Frédéric Amat nous emmène sur les chemins parfois tordus mais enthousiasmants de cette vie « pas comme les autres », celle qui fait rêver ceux qui restent en France ou les touristes.

J’ai acheté ce livre à la Librairie « Monument Books », sur Monivong Bd à Phnom Penh, sur les conseils de Thierry, fidèle lecteur de ce blog et futur expatrié. Sans aller jusqu’à Phnom Penh, vous pourrez sans doute le trouver sur Amazon.

J’y retrouve beaucoup de choses que j’ai constaté lors de mon premier voyage. La différence entre le colon et l’expatrié, le recul permanent nécessaire à la vie sur place (ne jamais oublier que l’on n’est pas chez soi), et les contradictions, les contradictions…

L’auteur pointe du doigt les travers des français en voyage (vous relirez avec intérêt l’article publié ici sur le sujet) et les problèmes qui attendent le candidat à l’expatriation : la dérive du « trop intégré » (ou la perte de sa propre culture sans acquérir la culture khmère), les problèmes du conjoint à s’adapter à la vie locale, l’appauvrissement de sa propre identité, les rêves de gloire (jamais réalisés), les soirées d’expats (où tous conversent sur les travers des khmers), les fausses bonnes raisons de quitter la France, les dérives des couples mixtes français-khmer (impossible de dialoguer), l’accès aisé à toutes formes de perversité…

Mais le plus important dans ce livre très documenté est l’appel à l’humilité et au réalisme : vivre au Cambodge n’est possible que pour ceux qui restent ouverts, attentifs, curieux. Qui cherchent toujours à comprendre sans jamais s’imposer. « Profil bas », comme m’ont dit plusieurs de mes contacts sur place.

Comprendre le rapport au temps et surtout l’accepter, respecter les usages (par exemple « devant chez moi, c’est aussi chez moi », sauf pour les barangs), supporter le bruit permanent (surtout à Phnom Penh, et partout lors des cérémonies de mariage ou de funérailles par exemple)… ce ne sont évidemment que quelques détails notés ça et là dans cet ouvrage, au demeurant très fourni.

Mention spéciale à l’épilogue, qui résume à lui seul l’enchantement que ce pays peut procurer :

« le Royaume offre parfois d’éphémères instants magiques que l’on voudrait éternels (…) l’expatrié ouvert, indulgent, curieux peut trouver au Cambodge un autre monde, bien éloigné des contingences matérialistes de l’Occident. Qu’il ne s’y trompe pas : l’image du Cambodge moderne, de ses nouveaux riches et de ses voitures de luxe qui paradent à chaque carrefour de ces villes champignons, n’est qu’un vernis. En grattant un peu, l’expatrié trouvera auprès des Cambodgiens bien des réponses à ses questions existentielles. (…) A chaque instant, chaque minute, partout dans la vie de tous les jours, de la différence entre les deux cultures naît l’étonnement, qui ajoute son fruit à l’arbre de la découverte. Pour qui sait ouvrir son coeur, seulement. L’essentiel réside dans l’émotion que prend chaque étranger à se réjouir de vivre toujours ce même « exotisme au quotidien » et de garder en permanence cette notion à l’esprit. Oublier cela revient à se concentrer sur le bambou qui cache la forêt. Le choc culturel se transforme alors en choc psychologique dramatique.

Les expats qui tirent à boulets rouges sur « les khmers » et les accusent de tous les maux, sont les plus à plaindre. Dans leurs bagages, ils ont emportés leur oeillères et recréent ici le même monde (…) qu’ils disent avoir voulu quitter.

Au contraire, l’expat’ qui apprend à trier les petites exaspérations des minuscules découvertes et qui sait respirer l’odeur de l’exotisme sous le crépi des contradictions connaîtra le bonheur d’une vie riche d’expériences originales, en rencontres, en sourires échangés. (…)

Pour comprendre l’autre, il faut d’abord apprendre de lui. »

Un livre formidable, humaniste et surtout réaliste. J’adhère à 100%.

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