Expatriés, choisissez bien votre destination


17h au sommet de la colline de Udong, au sud de Phnom Penh. La lumière embrasse toute la plaine. Ouvrir un livre sur le bouddhisme ou sur le Tao est toujours une merveilleuse expérience, particulièrement dans ce contexte. Ces écrits se nourrissent du plus profond de l’homme ; les idées sont simples, essentielles et paraissent si évidentes !

La magie de Udong

Récemment, j’ai remarqué un texte qui parle particulièrement à celui – dont je suis – qui cherche un lieu « inspirant » et chargé de sens pour poser ses valises.

Ce texte n’est pas spécifique au Cambodge mais s’adresse à tous ceux qui veulent s’installer quelque part. Il développe l’idée de la culture du lieu et de l’énergie. En voici un extrait qui j’espère inspirera mes lecteurs expatriés ou en voie de l’être :

De par le monde, les lieux où des personnes ont eu une pratique spirituelle ont une signification. Dans les déserts du Moyen Orient, les Saints avaient des visions. Dans les Tropiques, les sorciers faisaient usage de la transe. Dans les forêts d’Europe et d’Asie, les alchimistes perfectionnaient leur art. Dans les Himalayas, les sages se retiraient pour se livrer à leurs ascèses. Bien sûr, ces lieux n’étaient pas les seuls où s’exerçaient de telles pratiques, mais le fait que certaines activités soient liées à un lieu est plus qu’une coïncidence.

Si vous allez dans un de ces lieux, vous pourrez encore ressentir la vibration qui a inspiré des générations.

Cela est si manifeste que vous devriez être sensible à l’endroit où vous vous installez dans le monde. Choisir un site spirituel requiert de la subtilité. Si vous ne connaissez pas la science de la géomancie, il est préférable de vous installer dans un lieu propice à ce que vous voulez réaliser. Ensuite, affinez votre choix par ce que vous voyez et sentez. Si vous ressentez un grand bien être, si les plantes et les animaux y sont vigoureux, et si celui-ci n’est pas soumis à un climat extrême qui pourrait affecter sérieusement votre santé, alors cet emplacement est pour vous. En vous installant là, vous serez protégé et nourri.

Aucun lieu ne dure jamais. Si vous vous rendez compte que le flot d’énergie est parti ailleurs ou que d’autres commencent à détruire la région, alors cherchez un nouveau lieu de vitalité.

C’est la raison pour laquelle les adeptes du Tao ont rarement des demeures fixes. Ils vont de site en site pour demeurer constamment dans le courant du Tao. 

Mobilisation !


Il se passe quelque chose que quiconque est présent an Cambodge ne peut pas manquer : dans deux semaines, on élit les chefs de communes.

Ici, les chefs de commune ont pour responsabilité de relayer les décisions du gouvernement d,animer les chefs de village, de trancher les litiges et de prendre toute décision qu’il juge utile pour le bon fonctionnement de la zone dont il a la charge.

Alors c’est la grande mobilisation qui prend un air de Tour de France associé au Carnaval.

15 jours de campagne, ce sont 15 jours de démonstration de force du parti au pouvoir, le Parti du Peuple.

Cela a commencé le week end dernier, avec des convois de plusieurs milliers de militants, tous habillés de blanc avec polo officiel, en camion, sur les grandes routes du pays. Les caravanes du Tour. Au bord de ces routes, des enfants, des vieillards et tous ceux qui pouvaient le faire agitaient frénétiquement des drapeaux à l’emblême du parti.

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Puis cela se poursuit localement avec les mêmes sympathisants sillonnant toutes les petites routes de campagne et scotchant à tour de bras les affiches du Parti sur les cocotiers, les palmiers, les frangipaniers, les murs, jusque dans les maisons. A sillonner ces routes, ce que j’ai fait ce matin, tout le monde est pour le Parti ! Et l’opposition peine a se faire voir et entendre.

Tous les deux jours, le quartier de l’avenue Sihanouk est réveillé en sursaut vers 6h30 par les camions sur lesquels se troivent un orchestre, des chanteurs et des « speakers ». Suivent les tuk tuk bardés de hauts parleurs et de drapeau, le défilé de sympathisants et des camionnettes qui vont avec.

Certaines maisons ont la fonction de relais d’information. Alors, on dresse banderoles et haut-parleurs (les mêmes que pour les mariages, en haut d’un mât) et on diffuse la musique du Parti à fond la caisse, plus quelques messages militants. Comme ça tout le monde est au courant de tout ce que le Parti fait de bien pour le peuple et donc, savent pour qui voter. S’ils hésitent encore, un gentil sympathisant viendra expliquer de quoi il en retourne.

Dans les medias, c’est un plan de communication redoutable, alliant méthode coué et propagande. Cela a commencé il y a trois semaines environ par la publication d’une enquête « officielle » disant que la majorité des Cambodgiens aiment leurs dirigeants, et que ladite majorité pense qu’ils ne sont pas corrompus. Ca commence bien.

Ensuite, c’est à la télévision que le Premier Ministre a expliqué dans un discours fleuve de 5 heures qu’il était le « master », le Maître, et que seul lui pouvait diriger le pays. On s’en serait douté, mais ça permet de resserrer les rangs de son camp qui commence à donner des signes de faiblesse.

Puis est venue l’heure de redevenir sympathique (pour 15 jours) en déclarant à tous les médias que l’intervention du Premier Ministre lors de la tragédie Khmer Rouge avait été limitée a deux ans, parce qu’il avait « senti que ça n’était pas correct et qu’il fallait sauver le pays ». Les écrits sur le sujets sont assez divergents, mais tout de même, si le procès Khmers Rouges prend tant de retard, c’est bien parce qu’il y a anguille sous roche…

Puis dans le même registre, Dimanche dernier se déroulait la Journée Nationale de la Colère. Elle est célébré sur le site tristement célèbre de Choeung Ek, le charnier Khmer Rouges à côté de Phnom Penh. Au programme : ne pas oublier. Reconstitutions de massacres, témoignages poignants de rescapés (très peu) et en période électorale, message du Gouverneur de Phnom Penh qui annonce fièrement que le Parti a sauvé le Cambodge et ses habitants et combattu de toutes ses forces le régime Khmer Rouge. Et d’annoncer que c’était donc le seul Parti à pouvoir légitimement pousuivre la reconstruction du pays. Dur, dur pour les familles d’entendre ce genre de choses…

Je vous laisse apprécier la chance que la France a de posséder des institutions et des processus électoraux cadrés et stables. Certes, les candidats ne sont pas à la hauteur et jouent souvent en deuxième voire troisième division. Mais les élections sont claires, contrôlées, tout n’est pas permis et il y a équité entre les candidats.

La nature reprend toujours le dessus


Cet article n’est pas une prise de position politique : un étranger n’a rien a dire sur la façon dont le pays est conduit : je reste simplement un observateur curieux et interessé.

Il y a des jours… On découvre tout de même des choses étranges.

Deux exemples actuels :

Boeung Kak Lake : ce lac artificiel a été crée lors du Protectorat Français pour faire office de réservoir tampon lors des grandes crues de la rivière Tonlé Sap et du Mékong? Ce qui a évité pendant de nombreuses années a Phnom Penh d’être totalement innondée. Du bon sens. Sauf que le Gouvernement a décidé de confier cette zone à une société privée sous forme de concesssion foncière. Le lac a été remblayé avec le sable du Mékong, les 300 familles habitant sur les bords expropriées et c’est aujourd’hui une étendue plane de plus de 3ha au coeur de la ville attendant la construction d’immeubles d’habitation, d’un centre commercial et peut être d’un casino. Résultat : Phnom Penh a été innondé dès les premières grosses pluies de Mai.

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Plouf !

Koh Pich : l’île du Diamant était il y a encore 3 ou 4 ans une petite zone peuplée de maraîchers. C’est aujourd’hui une île qui s’agrandit de jour en jour (surface X10), gagnant de l’espace sur la rivière. Dessus, on a déja construit un centre de congrès et de mariage, des bars, un club de golf (Elite Golf Club), des villas de luxe et en cours sans doute une tour face au Mékong. Et un pont qui traversera le fleuve. Si l’on peut se réjouir du développement d’infrastructures, on observera du fleuve quelques maisons tombées dedans. C’est de la mécanique des fluides pour les nuls : plus le passage est étroit, plus l’eau va vite et ronge la berge…

Voilà. Les intérêts de la population, la cohérence de l’urbanisation, le développement des infrastructures se fait au jour le jour, en fonction d’intérêts plus souvent personnels que publics ; l’environnement n’est pas une priorité, et quand la nature décide de reprendre le dessus, ça porte a conséquence. C’est le lot des pays en développement. Mais à un moment, la réalité rattrapera le pays et ses dirigeants : le marché unique asiatique Asean par exemple, va imposer un peu de régulation et de vision politique. C’est à espérer pour les 16 millions d’habitants de ce pays merveilleux.

Siem Reap, la ville où l’on s’ennuie ferme


Siem Reap : la porte des temples d’Angkor. Tous les visiteurs du Cambodge passent ici. Entre 1,5 et 2 millions de personnes! Prévision dans 5 ans 6 millions.

Angkor est le site le plus visité d’Asie et celui qui fait la renommée du Cambodge. Les fondations de la culture khmère attendent le visiteur dans ces magnifiques écrins de pierre et de végétation.

La très grande majorité d’entre eux ne vont d’ailleurs que là, souvent au pas de course, en deux jours chrono. Les temples ne sont pas le Cambodge, Siem Reap non plus.

Tout le monde loge à Siem Reap, mange à Siem Reap, et profite de tous les plaisirs su Cambodge à Siem Reap. On se demande d’ailleurs comment c’est possible vu les infrastructures routières et hôtelieres.

De quels plaisirs parle-t-on ? Lorsque je pose la question au touriste la réponse est claire : on s’amuse, on fait les temples, on profite du Cambodge… Et puis on compatit à la pauvreté des enfants des rues en visitant un orphelinat, on se pavane dans des salons de massages plus ou moins glauques et on boit de la bière à flot dans Pub Street. Voilà pour l’essentiel. À part çà on s’ennuie ferme.

Siem Reap a grandi comme un champignon. Au dire des expatriés présents ici, il y a dix ans c’était un village. Quelques guest houses pour des touristes aventuriers découvreurs de temples et des baraques en bois, quelques petits restos et c’est tout.

Aujourd’hui, le tourisme a envahi la région et devenu quasiment la seule source de revenus. Siem Reap est devenue une citadelle sans cohérence ni service structuré pour l’accueil d’une telle foule en 4 mois. Les autorités ne s’en cachent pas : un agent de voyage m’a clairement dit que le but était le tourisme de masse, encourageant l’investissement… Et la spéculation potdevinesque.

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Poussée trop vite au rythme d’un marché de l’immobilier frénétique, la ville ne possède aucun charme ni aucun attrait. Une ville dortoir trop animée comme si on avait poussé les murs pour entasser toute cette population éphémère.

Il suffit de quitter les deux avenues principales pour se retrouver sur des pistes de terre rouge où les locaux construisent des bars et y mettent de la misique, parfois des hôtesses. On y vient moite, on ressort sale.

Siem Reap montre ses véritables atours en saison basse : on tente de provoquer la frénésie consommatrice en poussant la musique au delà du raisonnable, en faisant sortir de leur tannière les masseuses et en animant à force de leds les différents marchés de nuit. Les visiter fait penser à une station balnéaire en novembre : on installe le manège sur la digue, il tourne et fait de la musique et personne ne vient. Ici, on monte des spectacles de danse khmère avec de jolies Apsaras pour 6 personnes.

A part ces activités nocturnes, il n’y a rien à faire à part un tatouage au fond d’un bar, d’acheter un peu de marijuana et de visiter les boutiques affichant d’impressionnants corcodiles empaillés. Le must qualitatif de la ville sera sans doute Psar Chah, le vieux marché, et les Artisans d’Angkor, superbes ateliers d’artisanat traditionnel khmer et boutique de luxe. Pas de cinéma, pas de théatre ni de salle de spectacle, pas de monument à part quelques pagodes, un tout petit centre ville et rien d’organisé pour guider le visiteur qui se rabattra faute de mieux dans ses 4 rues jusqu’à point d’heure en se saoulant de musique techno et de bière.

Lorsque la saison bat son plein, l’ennui des faux plaisirs sera toujours là engoncé dans ces 4 rues qui faute de multiplier les centres d’intérêt verra sa population multipliée par 25 : touristes, mendiants, motos et tuk tuks, prostitué(e)s…

A moins que… Un jour quelqu’un se décide à faire découvrir autre chose ? C’est ce que tentent quelques patrons d’hôtels avisés qui vont dans la campagne ou au bord du lac Tonlé Sap, à l’écart du « tourist bubble ». Un tourisme plus intelligent fondé sur la découverte et la curiosité. Trop sélectif pour le business actuel mais le seul vrai levier de développement de la région en dehors des temples et des villages flottants.

Salabaï, initiative exemplaire


Avez-vous déjà séjourné dans une école ?

C’est l’opportunité qu’offre Salabaï à Siem Reap. Ce n’est pas la seule à faire cela au Cambodge, mais bon, j’y suis alors je vous en parle. Je commence par dire que si vous voulez soutenir cette initiative, ça a du sens, allez sur leur site internet : http://www.salabai.com/html/

Pour planter le décor, cette école est ce que l’on appelle ici un hôtel-restaurant d’application. Vous trouverez à Phnom Penh l’association Friends International ou encore Hagar qui sont basées sur le même principe.

L’idée est de recruter des jeunes en extrême pauvreté dans les villages et de leur offrir une année de formation complète aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration, et de leur donner en même temps un bagage de culture de base et des bases solides d’anglais. 110 jeunes sont formés ici chaque année.L’action de Salabaï s’inscrit dans le programme plus large d’Agir pour le Cambodge

J’en avais entendu parler, je voulais voir, je trouve que c’est une expérience formidable et déroutante.

C’est avec enthousiasme que les étudiants, tous habillés d’un pantalon ou jupe bleus et d’un polo orange, vous accueillent. Un chaleureux « hellloooo sir, welcome To Salabaï » arrive des 4 ou 5 etudiants à la réception. Impeccable, souriant, agréable, serviable… J’avais presque honte de laisser mon énorme valise de 25 kilos à un jeune qui n’en pèse pas plus de 40. Ma valise était dans ma chambre avant moi

Une jeune de 17-18 ans m’a expliqué en deux mots ce qu’était son école avec une fierté incroyable. Il était 19h, il faisait nuit, il tombait des seaux d’eau, j’étais fatigué de mon voyage en bus de plus de 7h, mais sa joie à effacé toute trace d’épuisement. Momentanément

Chambre très agréable, grand balcon, vue sur la ville. Moustiquaire et air conditionné. Rue pas trop touristique, un peu a lecart de l’agitation nocturne de Siem Reap. Que demander de plus ?

Ce matin, petit déjeuner sur la terrasse au rez de chaussée, donnant sur la rue. Je remarque le panneau d’affichage : nous sommes bien dans une école ! Programme des cours, emploi du temps, photos des élèves, notes… Au coin du couloir, réception : les étudiants me saluent, me sourient et me gratifient d’un bonjour inoubliable. La journée commence avec cette émotion qui me ferait presque oublier de visiter Angkor.

Petit déjeuner copieux, salade de fruits frais, délicieux en regardant le spectacle de la rue.
Service absolument impeccable : on trouve cela rarement au Cambodge, d’autant que les jeunes ne sont à l’école que depuis quelques mois. Il y a une forme de respect mutuel qui s’installe spontanément. Et ils parlent anglais

Rencontre des fondateurs, M. et Mme Dethomas, un couple de français, échange d’une rare richesse…

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Rassemblement à 8h piles pour le briefing du jour.

8h : team meeting. Tous les élèves se placent en rang sur le trottoir. Rituel : on se compte, puis deux viennent réciter leur leçon. Ensuite, lever de drapeau et chanson pour remercier le Roi de tout ce qu’il fait pour eux. Cela fait partie du rituel, parce que le Roi ne fait absolument rien pour les jeunes. Ç’est un ancrage symbolique et discipliné.

Je poursuis mon petit déjeuner et je vois s’installer près de moi une dizaine d’élèves apportant un tableau blanc : ç’est l’heure du cours de « housekeeping » (entretien des chambres, des parties communes, blanchisserie…). J’ai observé une partie du cours, en anglais. Je me suis senti tout petit.

Après une ballade dans Siem Reap, retour à Salabaï, ma chambre était en train d’être faite, au regard des dix paires de tongs dans le couloir. Sourire de tout ce petit monde affairé à s’occuper de ma chambre très sérieusement.

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Le chef du « housekeeping » est dans le couloir, il surveille que tout est fait comme il faut. Je discute avec lui : il veut progresser, il a travaillé dans un autre hôtel avant à Phnom Penh, et pense que c’est bien d’avoir plusieurs expériences professionnelles pour grimper. C’est incroyable d’entendre ça ici, dans ce pays où les gens ne restent pas dans leur travail, n’en trouvent pas ou simplement n’en cherchent pas.

Prix de la chambre : 20$.

Je vais maintenant aller tester le déjeuner et voir ça que les chefs en herbe concoctent, mais déjà, je peux vous dire que ça sent très bon !

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