Koh Lanta 2012 sur TF1 : le Cambodge oublié par TF1


TF1 est en pleine promo de Koh Lanta 2012 qui se déroulera… au Cambodge.

Ce n’est pas que je n’aime pas TF1, mais on aurait pu imaginer que lors du lancement d’une des émissions phares de la première chaîne de télévision française, on aurait droit à un petit bout de quelque chose qui ressemble à une découverte du pays, des lieux magiques ou des habitants. Que nenni. On se concentre sur les candidats et le manque de riz qu’ils vont subir.

A peine sur le site de TF1 voit-on quelques clichés de ce qu’ils appellent, à juste titre, le « royaume de l’émerveillement », que vous trouverez en cliquant ici. Une trentaine de photos sans grand intérêt, et quelques commentaires d’internautes pour dire que c’est beau. Et c’est à peu près tout.

TF1 nous livre des propos ahurissants sur les conditions de vie des candidats, qui apparemment ont manqué de tout ou presque pendant le tournage. Un « man vs wild » à la française pour un produit télévisuel très bien ficelé. Marketing redoutable.

A la télé, c'est... karaoké !

Ce n’est pas le jeu qui pose problème.

Envoyer des volontaires au bout du monde pour vivre une expérience ne pose, en soi, aucun problème : il y a et aura toujours des casse cou(illes ?) pour jouer à la guerre ou à l’aventurier, et c’est une bonne chose que de donner envie d’ailleurs et d’exploit personnel. On en manque tellement dans nos écoles et dans nos entreprises de ces envies là.

Le programme est d’ailleurs à ce niveau à la hauteur : des épreuves, du courage, des pétages de plomb en série, de la force, du système D, de la stratégie, de l’intelligence (enfin n’en demandons pas trop à TF1 tout de même !) le tout en communauté montrent finalement, si on transpose à quelque chiose de plus soft, le Voyage dans ses différentes dimensions.

Manque de sens et de dignité.

Ce qui pose problème à mon sens est le marketing qui est fait de cette émission, qui oublie volontairement le lieu, ce « royaume de l’émerveillement » qui n’est en fait qu’un expression marketing sans aucune réalité pour TF1. Cette promotion renvoie une image hostile, dure et agressive du Cambodge, sans contrepartie. On pourrait pourtant apprendre tant de choses, et surtout donner envie du Cambodge. On restera malheureusement sur sa faim.

Quand les bobos manquent de riz.

Ce qui pose aussi problème est le paradoxe savamment et systématiquement cultivé par TF1. La chaîne est passée experte dans le marketing de la dramatisation. Hors les symboles et la réalité locales rattrappent les arguments de l’émission. Par exemple « on ne sait pas si on aura assez de riz pour manger chaque jour ». Pauvre candidat occidental qui a dû quitter son nid douillet de banlieue, son écran plat et sa voiture tunée pour avoir faim dans un pays hostile. Mais au Cambodge, les gens ont faim. Tout court. Et le problème du riz quotidien se pose dans la vraie vie, dans leur vie.

Alors, on fait quoi ? Rien.

Ce paradoxe frise le scandale culturel et financier. Si au moins Koh Lanta pouvait faire la promotion de ce pays et pourquoi pas proposer de contribuer à des actions utiles dans ce pays, ce serait assez juste. Mais çà, ce n’est pas le truc de TF1, sauf s’il y a un potentiel d’audience supplémentaire.

Chaque jour la France s’appauvrit de ce genre d’émission. La vraie richesse est pourtant là-bas.

Bouleversant : L’Elimination, de Rithy Panh


MAJ 21 mars 2012 : Interview flash de Rithy Panh sur France2, à découvrir ici.

Alors là, je suis bouleversé. Vous devez lire ce livre.

Un voyage se prépare selon moi en essayant de comprendre, tout du moins de connaître, le lieu, l’histoire, la vie des gens là où on va… On se rend compte alors que sa destination est souvent passionnante, attachante. Au Cambodge, il y a quelque chose de particulier, indéfinissable, donc j’approfondis. Et puis un jour, on rencontre un livre et on est percuté.

L’histoire récente du Cambodge a été marquée par des événements tragiques. Imaginez simplement qu’en 1993, il y a seulement 12 ans, on se battait encore dans les rues de Phnom Penh.

Mais de 1975 à 1979, c’était le moment des Khmers rouges. L’année 0, comme ils disent.

32 ans après « l’ère Khmère rouge » (4 ans et 1,7 million de morts – un quart de la population), Rithy Panh, cinéaste, revient sur les faits. Ce n’est pas un livre d’histoire. C’est une histoire d’hommes : l’auteur et Douch, leur relation perturbante, leur grande histoire par la petite porte.

Rithy Panh avait 13 ans en avril 1975 lorsque les Khmers rouges ont envahi Phnom Penh. La ville est restée sans habitants pendant 4 ans. L’auteur raconte avec des mots simples, dans le désordre de sa mémoire totalement saturée d’odeurs nauséabondes et de craquements d’os, la lente (mais parfois très rapide et arbitraire) extermination vers les campagnes, les longues marches, la famine, les nourrissons projetés contre les arbres devant leurs parents, le creusement des fosses charniers, les vieillards qui se laissent mourir de faim, la surveillance sans relâche, les médecins improvisés dans des hôpitaux transformés en mouroirs… Et ce n’est pas le plus difficile à lire.

En quelques semaines, l’adolescent perd son père, sa mère, ses soeurs, ses nièces et ses neveux. Il survit. Il échappe à la torture et à l’assassinat systématique des gens de « l’ancien peuple ». Il est sauvé de justesse de situations de mort dans lesquelles il entre si souvent – par fatigue ou inconscience.

Ces scènes sont racontées avec une horrible justesse et une tragique modestie. Le tout est magnifique.

Si Rithy Panh sait raconter son histoire avec mots justes et qui touchent au coeur, il nous livre en parallèle sa confrontation avec Douch, le maître d’oeuvre des tortures au S21, le bourreau qui se fait victime et n’arrive pas à mettre des mots sur l’indicible. C’est là que ce livre devient un chef d’oeuvre. Dans cet aller-retour incessant entre les deux histoires.

« Aujourd’hui, je ne cherche pas la vérité, mais la parole« , écrit-il. Libérer la parole, entre les souvenirs d’enfance, la mort tragique des siens, les supplices, la vie de S21 et les nuits dans le charnier de Choeung Ek…

Il raconte Douch, responsable du camp de torture S21 qu’il a interviewé en prison. Rithy Panh nous fait entendre le rire bruyant et sournois de ce bourreau si cultivé, l’interroge sur son parcours, le laisse livrer « sa » vérité, évoquer ses lectures, la religion, la vie, la politique.

J’ai presque l’impression que Douch est là, dans le salon, à côté de moi et de l’entendre rire. Terrifiant. « Douch est un homme. Et je veux qu’il soit un homme. Non pas retranché, mais rendu à son humanité par la parole. »

Douch rit, il est fatigué, il ne se souvient plus, il caresse les photos des victimes et son écriture rouge, se souvient soudain de tous les noms, de toutes les tortures, de tous les gestes, des ordres. Il change de ton, conteste, joue avec son interlocuteur. « Détruire », « Poursuivre », « Faire tenir », « Conserver », il écrit, note tout, sur les milliers de pages qui seront retrouvées après sa fuite de S21. Il regarde son « oeuvre ». En parle à demi-mot. Idéologie. Déshumanité.

Ce livre bouleversant est une expression différente et sans doute plus aboutie que le film « S21 – la machine de mort khmère rouge » (pour le visionner : cliquez ici). Il y a dans ce livre des scènes insoutenables mais l’évocation des mots mille fois plus forte que n’importe quelle horrifiante image.

Il y a dans ce livre le courage d’un homme qui ne cherche rien d’autre que l’expression de ce qui s’est passé sans chercher de coupable. Il y a aussi l’histoire d’un homme meurtri, mort à 13 ans et vivant aujourd’hui.

L’Elimination est un très grand livre, dont les personnages deviennent fascinants, même le pire des bourreaux.

Je ne verrai sans doute plus les Cambodgiens avec le même oeil après cette lecture.

S’expatrier : surtout, être méthodique


L’expatriation s’apparente un peu à un projet de création d’entreprise : on part dans quelque chose d’inconnu dont on ne mesure véritablement les effets que lorsqu’on le vit. La limite de la comparaison est celle du changement de vie : c’est rarement le problème de l’entrepreneur qui reste sur le sol français.

Irez-vous jusqu'à créer un commerce de cercueils ? Vu sur Sisowath Quay - Phnom Penh

A première vue en tous cas, les questions que se pose le futur expatrié sont assez nombreuses et arrivent en vrac. Alors voici de quoi mettre un peu d’ordre !

Voici une proposition de méthode toute simple en trois temps :

Temps 1 : Se poser des questions pratico-pratiques.

  • La langue khmère : puis-je l’apprendre (et accessoirement ne suis-je pas trop vieux pour apprendre une langue inconnue ?)
  • Comment trouve-t-on du travail et/ou crée-t-on une entreprise au Cambodge ? Créer semble assez simple et peu coûteux (Ministère du Commerce, Patente). Trouver du travail ? Quelles compétences, quelle rémunération ? Quelles relations avec les collègues cambodgiens ? Ce qui est sûr, c’est que le recrutement est très différent de la France…
  • Comment s’insère-t-on dans la vie sociale, comment sont les réseaux ? Et ces réseaux sont-ils fiables ? On lit parfois que les expatriés sont les premiers contacts… mais les pires ennemis sur place. Il y a des réseaux d’affaires (CCFC par exemple), il faut les identifier et travailler dessus.
  • Comment trouve-t-on et que trouve-t-on comme logement ? Le contrat de bail a-t-il une valeur ? Quelles précautions faut-il prendre pour valider le contrat ? Il y a peu de règles juridiques et elles sont peu appliquées pour les barangs.
  • Est-il possible de s’acclimater au mode de vie du pays ? La lenteur, le sourire au quotidien ne sont pas forcément, à long terme, faciles à vivre même s’ils sont très séduisants.
  • Supportera-t-on le climat ? Chaud, chaud et chaud, avec une variation d’humidité plus ou moins prononcée… tropical et physiquement difficile.
  • Est-on capable de gagner suffisamment d’argent pour vivre et comment veut-on vivre ? Inutile d’espérer reproduire un mode de vie à la française avec le confort français, même à Phnom Penh. Ce sera moins d’argent et moins confortable. Mais ce sera quoi exactement ?
  • Supportera-t-on la nourriture ? L’amok, j’adore, la salade de fleurs de bananier aussi, mais pas tous les jours.
  • Accepte-t-on les conditions de sécurité ? Le pays est sûr, assez stable. Mais on n’est pas à l’abri d’un policier ayant un besoin spécifique, d’une circulation cahotique et imprévisible, d’un cambrioleur habile ou d’un moto-dop peu scrupuleux. Quant à la sécurité sanitaire, comment gère-t-on le gros pépin de santé ?
  • Les proches ne seront-ils pas trop loin ? Et le manque des proches…

Il y en a d’autres bien sûr, dépendant de chacun : le dynamisme de la vie culturelle, les transports et les déplacements, la qualité de l’environnement, la fiscalité, le niveau de vie général, les potentialités de développement professionnel, la pratique de sa religion…

Ces questions centrales, qui sont finalement celles de la vie de tous les jours, il faut se les poser ouvertement et sans se cacher pour être sûr qu’elles ne sont pas rédhibitoires.

Temps 2 : Les sujets prioritaires.

Affecter un coefficient par question. Là, on fait un beau tableau à deux colonnes (question, coefficient).

Pour le coefficient, je suggère de mettre 3 (vital), 2 (essentiel), 1 (important), 0 (secondaire).

Vous classez tout cela et voyez ce que ça donne.

Temps 3. Partager avec vos proches.

Votre projet, ce n’est pas vous tout(e) seul(e). Vous devez êtes sûr(e) de votre décision mais aussi être capable d’échanger pour compléter et enrichir votre rélfexion… et trouver des réponses aussi !

Alors faites l’exercice : demandez à vos proches de compléter votre liste et de mettre leurs propres coefficients, comme s’ils étaient à votre place.

En comparant, vous aurez des surprises… mais vous serez beaucoup plus objectif sur votre projet. Cela demande un peu de courage car vous serez sans doute remis en question sur pas mal de points ; mais après tout, c’est bien plus riche, non ?

Vous pourrez ainsi décider des actions que vous êtes capable d’entreprendre pour contourner les vrais problèmes potentiels, ou bien de décider que tel ou tel point n’est pas possible à contourner.

Tout cela vous aidera à préparer votre premier et votre second voyage et à vérifier que vous êtes réalistes par rapport à ces questions fondamentales.

 

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